Monday, November 06, 2006

Le col

13 :57, Gosaïnkund (4380m)
Jour8 : Phedi(3630m) - Col de Laurebinya La (4 609 m) - Lacs de Gosaïnkund (4 380 m)

Installé face au soleil, le lodge a une vue plongeante sur les lacs de Gosaïnkund. Le dos calé dans les escaliers, la peau du ventre bien tendu par une pizza népalaise, je repense a cette fameuse ascension et a son col le « laurebina pass » a 4609m. Le lac scintille, il y a de la neige uniquement sur le versant d’en face. De notre coté, l’herbe jaune brulée par le froid remplace la neige. Entre les 2 versants le lac et plus bas dans les nuages, la descente, notre chemin retour.

Aujourd’hui était certainement la plus belle journée.
Réveillé a 5h, petite tape sur le flan du cheval coupé a la Beatles et direction pipi, ca urge ! Il faisait si froid dehors cette nuit que j’ai pas eu le cœur de sortir …

On s’est vite préparé dans ces petites boites qui nous avaient servi de chambre pour la nuit, a la lumière de nos lampes on s’est avalé le petit dej pour partir vers 6h10 quand le soleil commence a éclairer le ciel.

Première objectif : Les 4000m ! Vu d’ici, a 3700, ca ne fait que 300m .. bin on a mis une bonne heure et demi ! Un petit gite désaffecté était la pour nous accueillir. A peine le temps de prendre une photo, de repérer « Le col » que l’on apercevait au loin avec son drapeau et hop, c’était reparti.
En marchant il fait bon, mais quand on s’arrête, ca caille ! Et puis, des pauses trop longues, c’est pas bon pour le souffle. Symptômes de la pause trop longue : Les 50 premiers mètres, crachage de poumon, la bouche grande ouverte, version hyper-oxygénation, quand au cœur, c’est la version live de U2 a un mètre des enceintes. Que du bonheur !! Apres, le rythme est pris, et vazy : droite, gauche, droite gauche, un pied après l’autre, droite, gauche, …
Au dessus des 4000, la végétation qui se cantonnait a quelques buisson par ci par là, disparaît complètement pour laisser la place aux Rochers, de l’herbe brulée, quelques petites fleurs sombres et des milliers de crottes de biquettes !!
Nous suivons et traversons de minuscule court d’eau. Plus on monte, plus il fait froid… Et le Smile me monte d’un coup, quand j’entends pour la première fois, sous ma galoche, le craquement de l’eau gelée qui se brise !
Quelques dizaines de mètres plus loin, ca y est ! … Derrière un gros rocher une petite couverture de neige… Cette fois, c’est la montagne !!!
Les pauses se font de plus en plus courtes, certains ont des petits maux de têtes passagés ou de petits coup d’étau sur les poumons, la file de fourmis s’allonge… Gems a l’air de pété la forme, alors qu’il tirait un peu la langue pour Ama Yengri, il y a quelques jours…il a fait le plein de globules rouges depuis ! Quand a moi, je me retiens de pas partir en courant tellement, j’ai l’impression de pouvoir soulever des montagnes ! Mais je crois que l’euphorie fait parti des symptômes du mal des montagnes… bin je suis en plein dedans !
Le drapeau est là sous nos yeux depuis si longtemps que lorsque vient la dernière montée, je ne m’en aperçois pas ! C’est le guide qui fait mine de nous encourager en nous le disant.
A partir de là, tout c’est accéléré : Gems a commencé a trotter, le sentier s’est recouvert de neige, le vent s’est levé, et zou, en une seconde, D. qui était juste devant Gems se retourne les bras en l’air : « on y est !!». Dans le soleil, je les vois se donner une bonne poignée de main, puis D, s’approche me faire une bise.
Les drapeaux de prières claquent dans le vent glacial. Un ou deux cris de joie s’échappe de ma gorge sans vraiment savoir pourquoi. Les bras en l’air, les cheveux au vent, j’ai les mains gelées, le visage qui brule, CA CAILLE !!!
Vite, vite, on se change… on vide le sac des 1000 couches techniques que l’on avait épluché pendant la chaude ascension pour se les rempiler sur le dos. Et la commence une bonne séance photos et contemplation.
L’Est, l’Ouest, le Sud, le Nord. D’une petite échappée dans la neige en cavalant comme des gamins à une petite sieste en contres-bas, calé entre de vieilles ruines qui nous abritaient du vent.
Puis vient la descente, quelques 300m pour rejoindre le village de Gosainkund. Au bout de quelques minutes, on se fait attaquer par un des porteurs en embuscade. Ramesur est remonté après avoir transporté nos sacs, pour venir jouer avec nous dans la neige.
Il est tout fou celui-là, il se marre, balance des boules de neige en poussant des cris. Je lui cours après, il hurle, j’ai de la neige plein les chaussures, on le prend a 2 avec Gems, mais il vise bien mieux le bougre ! Le manque d’oxygène doit jouer sur notre équilibre (on se trouve des excuses comme on peut…). La descente est rapide, mais l’ambiance et le paysage sont excellents. On se marre, les lacs brillent autour de nous…
Enfin, au loin quelques maisons prés d’un lac : « Gosainkund ? ». Ramesur secoue la tête pour acquiescer. On rejoint doucement le groupe qui avait pris de l’avance pendant qu’on faisait joujou.
Une fois sur les rives du lac, l’euphorie retombe, le calme des flots, les petits clapotis gentils, le faux plat du sentier, me font « redescendre ». On passe devant une des sources du lacs où se trouve aussi un petit lieu de prière. Une fois arrivés au village, quelques marches supplémentaires pour atteindre notre lodge et voila !
Le clame absolu reprend le dessus.
Gems ronfle sur le rocher derrière moi et la face droite de ma figure est en train de griller.
Ce soir, on va certainement fêter cette superbe journée. Le lodge est bien mieux qu’hier, même s’il y a des glaçons dans l’eau de la douche. Il y aura bien une petite San miguel qui traine, avec quelques danses et chants népalais ca fera très bien l’affaire !

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